Description
Le moyen-ge prsente un singulier phnomne. La socit est assaillie par des maux sans nombre; une plainte amre et profonde sort de chaque sicle: cette plainte, d’ge en ge, est rpte par l’histoire, et jusqu’ la renaissance, parmi ceux qui souffrent, qui discutent et qui pensent, personne ne cherche dans la constitution sociale et les lois, la cause et le remde des misres et des douleurs qui frappent fatalement chaque gnration. L’esprit humain, dompt par la foi, accepte le mal comme le chtiment invitable d’une faute hrditaire, et, en prsence des ralits les plus dsastreuses, son activit se concentre tout entire sur les abstractions de la mtaphysique religieuse. Ce n’est point la socit, mais au dogme ou l’glise que s’attaquent les novateurs et les utopistes. Chaque rformateur s’annonce comme un prophte: la lutte des ides est, pour ainsi dire, transporte dans l’infini, et le moyen-ge, dans la sphre intellectuelle, n’est qu’un long tournoi thologique; mais au XVIe sicle le gnie de la controverse, puis par Luther et Calvin, retombe brusquement du ciel sur la terre; la thologie se retire de la scne active du monde pour se rfugier dans l’cole; le problme du bonheur terrestre remplace peu peu le problme du bonheur ternel, et l’inquitude des esprits, limite aux intrts positifs, se rejette violemment dans les controverses sociales…




